Pour populariser la science (je m'autorise cet anglicisme pour les mêmes raisons que cet éminent blogueur) , il est souvent efficace de commencer par une analogie. Ce jour s'y prête bien puisque, une fois n'est pas coutume je vais mettre mon costume de ... professeur de physique pour vous parler du boson de Higgs en tentant un rapprochement peut-être audacieux avec le père Noël!
Posons le décors en décrivant d'abord le contexte. Hier 4 juillet 2012 vous n'êtes pas sans savoir que les physiciens du Centre Européen de Recherche Nucléaire (CERN) qui travaillent sur la frontière franco-suisse près de Genève ont annoncé publiquement qu'ils avaient découvert une nouvelle particule dont ils étaient pratiquement sûrs qu'il s'agissait du boson de Higgs. Ce drôle de nom désigne la dernière particule non encore observée (du moins jusqu'à hier) mais prévue de longue date (au moins 1964) par la théorie actuelle de l'infiniment petit (que les gens savants appellent "modèle standard des particules élémentaires").
Bien et maintenant qu'est ce que le père Noël vient faire dans tout ça me direz vous? Pour le savoir je dois d'abord vous relater l'existence d'un autre évènement moins médiatisé mais tout aussi capital (au moins pour l'entourage de l'auteur de ce blog) qui m'a conduit à ce rapprochement un peu saugrenu. Il y a quelques mois un jeune garçon âgé alors de 6 ans et appelé Yann s'est entendu dire par quelque petit camarade parisien bien informé (et peut-être mal intentionné) que le Père Noël n'existait pas. S'en est suivi un petit drame familial et une interrogation existentielle pour notre jeune héros : pourquoi diable les adultes mentent-ils ainsi aux enfants et leur font croire des balivernes?
Voyons maintenant comment ces deux évènements peuvent s'éclairer mutuellement.
Pour commencer il est un peu facile mais pas tout-à-fait faux de dire que les physiciens des particules sont de grands enfants pour qui le père Noël existe probablement car le boson de Higgs est pour eux un beau cadeau attendu depuis longtemps. Ces grands enfants coûtent chers à leurs parents les contribuables européens et internationaux du CERN puisque le prix de leur joujou autrement-dit le budget de construction de l'accélérateur de particules qui a fait littéralement "apparaître" le boson de Higgs est de plusieurs milliards d'euros. Est-ce à dire que ce sont des enfants gâtés? Certes non, on peut même dire qu'ils sont très méritants au contraire. D'abord ils ont pour ainsi dire fabriqué eux même leur cadeau du moins l'emballage ou plus précisément l'immense microscope de l'infiniment petit qui permet de voir leur nouvelle particule. Tous : techniciens, ingénieurs et scientifiques ont travaillés d'arrache-pied pendant plus de dix ans pour réaliser cette merveille de hautes technologies à l'état de l'art appelée LHC et ils continueront à faire fonctionner leur machine pendant plus de dix ans encore! Ce sont donc des enfants brillants, industrieux, méticuleux et durs à la tâche, bref pleins de qualités! A titre de comparaison d'autres enfants moins rêveurs et plus bagarreurs reçoivent eux aussi des "cadeaux" à plusieurs milliards d'euros (voir les budgets annuels requis pour la dissuasion nucléaire française ou la construction d'un porte-avions) comme l'a rappelé récemment un ancien premier ministre.
Pour revenir aux scientifiques signalons aussi qu'ils savent être reconnaissants vis à vis de leurs parents / bailleurs de fonds : ils partager en effet en direct leur excitation et leur joie de la découverte avec le monde entier sur la blogosphère.
Et maintenant quid du père Noël ?
Que pouvons nous retirer de cette histoire pour les enfants enquêteurs qui cherchent une réponse à leur interrogation métaphysique première : est-ce que le père Noël existe?
Pour commencer, il faut apprendre à raisonner en bon scientifique c'est à
dire se poser les bonnes questions si l'on veut des réponses
claires. Quel est le meilleur indice de l'existence du père Noël? L'apparition de cadeaux à une date fixe (le 24 décembre vers minuit) et en un lieux précis (sous le sapin dans le salon) bien sûr! Avant d'aller plus loin réfléchissons un peu à cette affirmation et interrogeons nous sur le lien qui est traditionnellement fait entre cadeaux et père Noël. La science nous apprend à bien distinguer corrélation et causalité. Autrement dit il faut se poser la question suivante : les cadeaux sont-ils bien l'effet dont le père Noël est la cause ou s'agit-il d'une coïncidence ? On ne peut avancer raisonnablement sans faire cette hypothèse fondamentale sinon la nature même du problème s'évanouit ! Bon, on n'a pas encore beaucoup avancé me direz vous. Bien au contraire! Une bonne réflexion permet d'expliciter toutes les hypothèses et il s'agit là d'une activité préliminaire indispensable pour construire une bonne théorie du père Noël, laquelle se doit de reposer sur des hypothèses solides et aussi peu nombreuses que possibles, afin d'être testée puis prouvée ou réfutée. Approfondissons donc notre réflexion en nous demandant qui est à l'origine de la corrélation de départ. Ce sont les parents qui parlent du père Noël en premier à leurs enfants ce sont donc les adultes qui ont fait naître cette idée dans la tête des enfants et ce sont eux aussi qui leur ont décrit le personnage comme un vieux monsieur avec une barbe blanche, un manteau rouge et un embonpoint certain. Conséquemment les enfants, toujours en bons épistémologues, doivent se méfier de ces informations rapportées de seconde main. La quête du père Noël sera sûrement plus efficace en renonçant à ces dernières hypothèses qui sont peut-être des fadaises!
Maintenant demandons nous pourquoi il est si difficile pour les enfants de s'assurer de l'existence du père Noël? Eh bien parce qu'il dépose les cadeaux à une heure où tous les enfants dorment naturellement! Alors comment détecter sa présence les yeux grand fermés ? Puisque l'on connaît grosso modo les conditions
expérimentales de sa présence il faut donc, en
s'inspirant des expérimentateurs du CERN, imaginer puis
construire un détecteur de père Noël. Là ça se complique car on risque fort d'avoir besoin des parents pour construire et faire marcher le bidule ! Il nous reste six mois pour trouver une solution. Mais y en a-t-il seulement une ? En tout cas chercher une réponse c'est probablement faire son premier pas au delà de l'enfance, dans l'âge adulte en somme ...
Se trouve ainsi illustrée la différence de statut entre question physique d'adulte et métaphysique enfantine !
Spéciale dédicace à la petite Louna :D qui nous fait bien rire et clin d’œil au déjà grand Yann ;) qui sait maintenant lire ...
jeudi 5 juillet 2012
mardi 26 juin 2012
Jeanne d'Arc, "chanète tailli" ou jeannette dupont ?
Voici trois points de vue sur une célèbre adolescente de la Meuse qui vécu au Moyen-Age :
Nicolas Sarkozy fait un discours le 6 janvier 2012 à l'occasion de la célébration du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc. Voici ce qu'on en pense des deux côtés de l'échiquier politique : à droite et à gauche.
"... jeanne chuinte les j ... et ... ouvre les o ...son nom c'est d'arc, de arco en latin ... jeanne d'arc est une du pont ... elle prononce [son nom] dailli ou tailli ... elle devait donc dire : che mapèli chanète tailli".
Magie de l'évocation : voici soudain que me parle une adolescente vieille de 600 ans, personnage énigmatique tant il est caché sous des fatras de mythes et de reconstructions historiques variées ...
... la France de notre enfance (celle dont rêve peut-être Madame Morano) était-elle plus authentique ? Voilà c'était ma réponse provisoire, en forme de question donc, au billet précédent.
- celui d'un (ex?)politique :
Nicolas Sarkozy fait un discours le 6 janvier 2012 à l'occasion de la célébration du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc. Voici ce qu'on en pense des deux côtés de l'échiquier politique : à droite et à gauche.
- celui d'un historien :
"... jeanne chuinte les j ... et ... ouvre les o ...son nom c'est d'arc, de arco en latin ... jeanne d'arc est une du pont ... elle prononce [son nom] dailli ou tailli ... elle devait donc dire : che mapèli chanète tailli".
Magie de l'évocation : voici soudain que me parle une adolescente vieille de 600 ans, personnage énigmatique tant il est caché sous des fatras de mythes et de reconstructions historiques variées ...
- Celui d'une élève :
... la France de notre enfance (celle dont rêve peut-être Madame Morano) était-elle plus authentique ? Voilà c'était ma réponse provisoire, en forme de question donc, au billet précédent.
dimanche 24 juin 2012
"... plus noir qu'une arabe ..." de quels maux ces mots sont ils les noms ?
D'abord le lien :
http://www.liberation.fr/politiques/2012/06/22/morano-ma-meilleure-amie-est-plus-noire-qu-une-arabe_828399
Une tentative d'analyse est en cours (dès que j'ai fini de corriger mes copies de bac).
http://www.liberation.fr/politiques/2012/06/22/morano-ma-meilleure-amie-est-plus-noire-qu-une-arabe_828399
Une tentative d'analyse est en cours (dès que j'ai fini de corriger mes copies de bac).
vendredi 15 juin 2012
Q, bit, nanophysique et cryobiologie : perles régressives d'élève et de professeur
"Perle" de prof ancienne et pas terrible:
Je connais un professeur de physique qui, à l'époque où existait encore l'option MPI * (Mesure Physique et Informatique) en classe de seconde, était très fier d'expliquer doctement à ses collègues :
"Je commence mon cours en parlant aux élèves des bits de l'informatique classique et je finis l'année en les faisant rêver avec l'informatique quantique et ses qubits"
Et maintenant une page culturelle d'introduction aux idées de base de l'information quantique pour me faire pardonner cette trivialité incongrue.
"Perle" d'élève récente et plus fraîche:
Les élèves viennent de faire un TD qui illustre les conséquences de la vitesse de propagation finie de la lumière en astronomie. Les questions fusent sur les voyages dans l'espace, leur durée, la possibilité de l’hibernation pour que le temps passe "plus vite"; il reste deux minutes avant la sonnerie, les têtes blondes trépignent, je temporise en leur parlant des recherches en cryoconservation des organes et je leur demande s'ils connaissent un type de cellules que l'on peut congeler longtemps et réchauffer sans risque de destruction. Les voyant un peu sec, je leur tends une perche : "cela a un rapport avec les garçons ..." J'ai à peine fini de prononcer le dernier mot qu'une voix fuse: " la bite monsieur ! " Explosion de rires dans la classe, l'élève qui vient de prononcer ces mots est rouge écrevisse et semble consterné par sa propre saillie !
Je me demande quel hémisphère de son cerveau a ainsi réagi plus vite que l'autre ... Est ce que les mots "spermatozoïde" et "bite" sont rangés dans des zones corticales si différentes? Peut-être que les sciences cognitives pourraient confirmer cette conjecture...
*option passée aux oubliettes après la réforme du lycée de 2010
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