Ce gentil sobriquet est proposé par Michel Serres pour décrire les "jeunes" dans un texte passionnant (http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/serres_2011.html). Sa lecture m'a immédiatement évoqué une image très dure employée par une professeur de français (pourtant ou plutôt justement très attachée à chacun de ses élèves); pour désigner l'habitude des lycéens d'avoir un casque sur la tête ou autour du coup à longueur de journée elle les décrivait comme des bêtes de somme portant quotidiennement leur joug ... abrutis de sons, n'écoutant que d'une oreille les conversations de leurs propres camarades !
Nous avons toutes les peines du monde en classe à faire disparaître dans les "sacs" tous les objets électroniques nomades qui entourent nos chères têtes blondes mais on y arrive. Seulement il arrive parfois que le prof de sciences que je suis se demande s'il ne devrait pas leur faire ressortir l'un ou l'autre de ces objets pour apprendre à chercher une information sur internet, pour prendre en photo une expérience réussie et la publier sur un blog périphysique, pour tester le volume sonore maximum de leurs écouteurs afin de vérifier si les normes en vigueur sont respectées ...
Quoiqu'il en soit la bienveillance envers nos élèves, ces mots si chers à cette professeur qui ce jour de la pré-rentrée 2007 accueillait les jeunes néo-titulaires du lycée, devrait s'accompagner d'une vigilance adulte à leur égard de la part de la Cité qui nous entoure. Cette vigilance fait aujourd'hui défaut il me semble. Pour reprendre les mots de Serres: "Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus reprise celle des cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres..."
Comment dans ces conditions s'étonner aujourd'hui que de très jeunes enfants se suicident !? (http://www.lepoint.fr/societe/boris-cyrulnik-face-au-suicide-des-enfants-29-09-2011-1378795_23.php)
Les temps sont durs et après le mot "mort" celui de "crise" a sûrement la plus grande occurrence dans les média ces temps-ci. Puissent les cendres du présent qui se consume tragiquement sous nos yeux fertiliser la terre : l'humus et le roc. En bref travaillons ensemble à lier carbone et silicium en bonne intelligence .
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