mercredi 23 novembre 2011

"Les gens de la BAC, est-ce qu'ils ont le Bac?" (Aimons les COPs)

Une autre perle d'élève entendue en séance d'accompagnement personnalisé ...
L'histoire commence ainsi : c'est lundi, j'emmène les élèves de seconde dont je suis professeur principal au CDI. L'objectif de l'heure est de les faire travailler individuellement sur leur orientation. J'ai photocopié différents documents. Certains sont des questionnaires à caractère personnel visant à les aider à s'auto-évaluer et à réfléchir sur leur orientation future. Quelle filière pourraient-ils envisager en fonction de leurs goûts et leurs aptitudes : poursuivre dans le lycée général ou opter pour le technologique? Quelle classe de Première envisager avec quelles options obligatoires et facultatives, pour préparer quel diplôme post-Baccalauréat ?
D'autres documents sont des enquêtes que les élèves doivent mener en effectuant une recherche documentaire : l'une consiste à trouver le niveau d'étude et le diplôme requis correspondant à une liste de métiers. Dans celle-ci figure celui de gardien de la paix. Alors que je passe d'un élève à l'autre pour suivre l'avancement du travail j'entends à côté de moi un débat animé entre deux garçons qui travaillent sur ce questionnaire: visiblement la police a pour eux un pouvoir évocateur certain.
Afin que les propos rapportés ne puissent trahir l'identité des protagonistes ils seront "floutés" par une technique originale de camouflage lexicographique :
- Dis voir, Grégoire, le terme de gardien de la paix m'interpelle.
- Tu veux dire qu'il ne fait pas partie de ton champ lexical quotidien, Roquentin?
- C'est cela oui !
- Je vois. Eh bien c'est tout simple: "gardien de la paix" c'est juste l'hyperonyme de "flic", un terme générique en quelque sorte.
- Ah d'accord ! Donc si j'ai bien compris "Un mec de la BAC" on peut dire que c'est un hyponyme de "gardien de la paix"?
- Tu comprends vite !
- Alors attends, j'en ai une bonne pour le prof! (Se tournant vers ce dernier)
- Hep, Monsieur! Les gens de la BAC, est-ce qu'ils ont le Bac?
- Oh ! Alors ça bravo jeune homme, votre figure de style est une magnifique antanaclase !
...
Retour à la réalité: je dédicace ce billet à la Conseillère d'Orientation Psychologue du lycée, notre COP, qui m'a fourni les documents supports à cette mémorable séance et qui fait un travail important dans notre établissement.

PS: je vous invite à chercher vous aussi la réponse à la pertinente question de cet élève. La consultation de wikipédia est fort-intéressante car elle est régulièrement actualisée. Personnellement elle m'a permis moi aussi d'enrichir mon champ lexical en découvrant le métier connexe d'adjoint de sécurité
 (jetez un coup d’œil au paragraphe "promotion sociale").

vendredi 18 novembre 2011

Et les ours polaires dans tout ça ?

Dans les billets précédents furent évoqués quelques problèmes liés aux technologies de l'information et leur éventuel impact sur l'enseignement. Un aspect n'a pas encore été discuté : il s'agit de la consommation énergétique engendrée par l'agitation de tous les électrons impliqués dans ces belles machines !
Dans un style mauvais esprit on pourrait se demander : "Si nous renonçons au nucléaire, est-ce que nous serons plus bête pour autant ?" J'avoue que devant la servitude de mes élèves face à leur calculatrice (ou leur téléphone portable) il m'est déjà arrivé de leur demander comment ils feraient s'il n'y avait plus de pile ou de batterie sur Terre ... En apprenti technologue et futurologue je pourrais, l'année prochaine, faire phosphorer mes Terminale S spécialité physique sur la solution des nanotechnologies. En effet : qui dit taille réduite dit aussi consommation moindre a priori. Peut-être qu'en implantant directement des nano-portables sous la peau on pourrait les recharger grâce à l'énergie dissipée par notre corps à travers sa chaleur ou ses mouvements, on peut rêver non ? On en revient à ma marotte du moment : la convergence du carbone et du silicium, la tétrix dans la calculatête, la mauvaise graisse brûlée au profit de l'intelligence pure ! 

Cette histoire d'ours polaire  me rappelle une belle exposition de Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin vue au Magasin (centre d'Art Contemporain de Grenoble) :


http://blog.shopecolo.fr/expo-developpement-durable-ecologie-magazin-grenoble-2612.html

Pour qui sont ces grands éléphants blancs dans mon établissement ?

Le monde éducatif vit comme tout le reste de la société la révolution du numérique mais à un rythme qui lui est propre.
D'aucuns pourraient s'en offusquer, pestant contre la lenteur du dit grand pachyderme : personnellement quand je vois la vitesse à laquelle l'outil numérique mal maîtrisé précipite la finance et avec elle l'économie mondiale dans le néant je reste philosophe...
Cela-dit comme scientifique j'ai à cœur de suivre l'évolution des technologies de l'information pour l'éducation ! Je vais donc parlez maintenant du TNI (ou TBI). De quoi s'agit-il ? D'un Tableau Numérique (ou Blanc) Interactif. J'ai un collègue kenyan qui enseigne dans un magnifique lycée à Nairobi financé je crois par l'Aga Khan. Il a été équipé de TNI bien avant le lycée dans lequel je travaille. Très vite chez lui ces objets ont reçu le sobriquet de grands éléphants blancs (http://fr.wikipedia.org/wiki/Elephant_blanc_(expression)) ...
A l'époque où nous nous sommes rencontrés n'ayant aucune expérience de ce dispositif ni aucune idée de la date à laquelle il arriverait éventuellement dans mon établissement, je ne lui ai pas posé beaucoup de questions à ce sujet. Aujourd'hui il y a environ cinq TNI dans le lycée et au vu des modalités de leur mise en place j'ai quelques craintes sur leur avenir proche.
Ainsi les micro-ordinateurs nécessaires à leur utilisation n'ont pas été fournis par notre bonne région du moins dans notre cher établissement (c'est peut-être la faute du méchant gouvernement qui n'a pas versé la subvention adéquate dans le passé, aujourd'hui on peut toujours rêver); au professeur geek donc de se balader avec son PC portable personnel (et ses kilos de copies à rendre, de papiers administratifs à distribuer) d'une salle à l'autre . Il n'y a pas non plus de connexion internet dans les salles équipées des TNI : "ben non" , elles sont dans d'autres salles... celles où il y a des ordinateurs bien sûr !





Quel est l'avenir du cerveau ?

La télévision rend-t-elle bêtes les élèves, les parents, les professeurs? Question presque obsolète puisque tous la regardent moins qu'au siècle précédent! Seulement le problème a glissé au XXIe d'un écran à l'autre : de celui connecté à une antenne tv à celui  relié à une console de jeu ou à un micro-ordinateur; le diable se loge maintenant dans un smart-phone tactile. Si clavier et écran ont déjà fusionné, les images et les mots ne risquent-ils pas eux aussi de subir le même sort ? Notre intelligence en sortira-t-elle aussi grandie que s'en est trouvée enrichie notre technologie ?
Ce n'est pas un problème de "hardware" me direz vous, il s'agit d'abord et avant tout d'un "bug" dans le "software";  on peut poursuivre dans cette veine en convoquant dans l'ordre historique : le programme tv débile, le jeu vidéo ultra-violent, le site internet trop chaud pour finir par le réseaux social pervasif ou ubiquitaire et omniprésent ...

http://www.franceinter.fr/emission-ca-vous-derange-la-tele-rend-t-elle-abruti
http://fr.wikipedia.org/wiki/Environnement_pervasif

TétriCE ou CalculatÊTE?

Ma première lectrice a trouvé le dernier billet trop sombre à son goût, vous aussi peut-être? Dont acte. Pour redonner le sourire à tous tout en prolongeant la problématique précédente voici donc une perle d'élève entendue ce jour :
"Monsieur, j'ai pas ma calculatête"
Ami psychologue, psychanalysé ou psycho-phile, je te laisse ratiociner sur ce magnifique néologisme/lapsus/invention poétique fortuite, y-a-t'il un nom pour ça? Je serais heureux de le connaître. Je te laisse aussi imaginer le contexte (je te rappelle que je suis professeur de physique) et comme moi aussi je suis  sensible aux mystères de la conscience et de la cognition, je ne résiste pas à l'envie de te faire reconstruire l'orthographe authentique du prénom de la jeune personne qui a produit cette merveille (au risque de révéler peut-être l'existence de ce blog à cette dernière!) car il n'est probablement pas étranger à son invention verbale : A/M/R/U/E/N/G/H/A...

lundi 24 octobre 2011

Accueillons donc les "petites poucettes et les petits poucets" et allions carbone et silicium !

Ce gentil sobriquet est proposé par Michel Serres pour décrire les "jeunes" dans un texte passionnant  (http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/serres_2011.html). Sa lecture m'a immédiatement évoqué une image très dure employée par une professeur de français (pourtant ou plutôt justement très attachée à chacun de ses élèves); pour désigner l'habitude des lycéens d'avoir un casque sur la tête ou autour du coup à longueur de journée elle les décrivait comme des bêtes de somme portant quotidiennement leur joug ... abrutis de sons, n'écoutant que d'une oreille les conversations de leurs propres camarades !
Nous avons toutes les peines du monde en classe à faire disparaître dans les "sacs" tous les objets électroniques nomades qui entourent nos chères têtes blondes mais on y arrive. Seulement il arrive parfois que le prof de sciences que je suis se demande s'il ne devrait pas leur faire ressortir l'un ou l'autre de ces objets pour apprendre à chercher une information sur internet, pour prendre en photo une expérience réussie et la publier sur un blog périphysique, pour tester le volume sonore maximum de leurs écouteurs afin de vérifier si les normes en vigueur sont respectées ...
Quoiqu'il en soit la bienveillance envers nos élèves, ces mots si chers à cette professeur qui  ce jour de la pré-rentrée 2007 accueillait les jeunes néo-titulaires du lycée, devrait s'accompagner d'une vigilance adulte à leur égard de la part de la Cité qui nous entoure. Cette vigilance fait aujourd'hui défaut il me semble. Pour reprendre les mots de Serres: "Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus reprise celle des cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres..."
Comment dans ces conditions s'étonner aujourd'hui que de très jeunes enfants se suicident !? (http://www.lepoint.fr/societe/boris-cyrulnik-face-au-suicide-des-enfants-29-09-2011-1378795_23.php)
Les temps sont durs et après le mot "mort" celui de "crise" a sûrement la plus grande occurrence dans les média ces temps-ci. Puissent les cendres du présent qui se consume tragiquement sous nos yeux fertiliser la terre : l'humus et le roc. En bref travaillons ensemble à lier carbone et silicium en bonne intelligence .  

dimanche 9 octobre 2011

Τὰ ζῷα τρέχει * (les animaux courent) ... silence au point d'eau.

Jeune lycéen je me souviens avoir étudié le grec ancien, laborieusement mais avec un plaisir certain dont celui d'accéder à un univers culturel immense et difficilement accessible sans les guides merveilleux que furent les trois professeurs qui me l'enseignèrent. Je ne me souviens plus par contre lequel de ses hellénistes nous dit un jour, alors que nous découvrions cette règle grammaticale particulière qui veut qu'un verbe ayant pour sujet un nom au neutre pluriel (τὰ ζῷα) se conjugue au singulier (τρέχει) : 
"Un jour vous ne saurez peut-être plus rien de tout ce que vous apprenez ici et maintenant sauf cette règle là et son exemple."
Ce jour n'est pas encore advenu mais depuis lors j'ai appris autre chose sur cette phrase fétiche. Si j'en crois  Jacqueline de Romilly dans ses "petites leçons sur le grec ancien" elle était employée comme un code pour avertir les enseignants qu'un inspecteur allait passer !
Or donc l'inspecteur est passé voir l'auteur de ce blog, lequel n'avait encore jamais eu la visite d'icelui. Ceci explique cela : en l’occurrence ce long silence au point d'eau où se retrouvent les animaux; silence désormais rompu par ce nouveau message. 

* prononcez approximativement "ta dzoa trékeil" 



dimanche 23 janvier 2011

Dans les espaces infinis de l'information nous entend-on crier?

C'était hier, je me promenais sur le rivage de mon archipel en ce rude hiver de l'an de grâce 2041, quand je l'ai vue. Presque cachée sous la neige, gisait une très ancienne bouteille... A l'intérieur une sorte de clé métallique miraculeusement conservée. 
Comme je suis aujourd'hui très vieux et donc aussi très savant j'ai reconnu là un support USB comme on l'appelait d'antan. Le cœur rempli d'émotion par l'émouvante et mystérieuse découverte je suis vite rentré chez moi avec l'idée en tête, puisque je suis très vieux et donc aussi très fou, d'aller le week-end venu chercher dans quelque marché aux puces aux portes de la capitale ou chez quelque "Béciniste" des quais de Seine la vieille bécane ou l'antique connectique susceptible de tirer de la dite clé les informations qui s'y trouvaient encore.
Après maints efforts voici ce que j'ai déchiffré dans l'unique fichier que j'ai pu récupéré:
"brouillon de projet (suite à la dernière AG) pour un blog collectif de professeurs révoltés par les conditions de travail dans leur communauté éducative. 
nom possible du blog:  Nos Foll Journées 
premier billet : 
Chapeau: SOS!
corps du texte : suite à la réunion ce jour avec la direction il ressort:
- que notre lycée n'a plus suffisamment  de papier pour les photocopies à destination de nos élèves, suite à l'augmentation du prix des ramettes et au gel du budget,
- que notre lycée vieux de plus de trente cinq ans ne sera pas rénové avant quatre ans faute à la crise,
- que notre lycée n'a pas les salles requises pour faire de l'accompagnement personnalisé en petits groupes comme l'exige la nouvelle réforme,
- que notre lycée n'a ni les moyens ni l'espace pour accueillir de "maison des lycéens" et de "maison des parents" comme l'exige ...
- que notre lycée, étant en zone de risque industriel classée Seveso ++, n'a pas les deux signaux d'alarme différents requis pour savoir s'il faut évacuer les élèves ou au contraire les confiner dans l'établissement!
- que notre lycée ne peut pas subir certains travaux électriques ou d'isolation parce qu'il y a trop de risques en perçant les sols et les plafonds d'augmenter dans l'air le taux d'amiante qu'ils contiennent (lequel taux est cependant insuffisant en temps normal pour rendre le bâtiment insalubre aux dires des expertises),
......

Le reste du fichier était trop corrompu pour une transcription hélas!
J'ai eu une pensée émue pour ce lycée du passé; comment tous ces gens ont-ils surmonté ces difficultés, que sont devenus ses élèves et leurs professeurs? Je suis beaucoup trop vieux pour en avoir souvenir.

samedi 22 janvier 2011

Les contemporains d'un évènement peuvent-ils en connaître le sens?

Lycéen je me souviens avoir cherché à disserter cinq heures durant sur ce sujet de concours général. Ma culture philosophique comme mes connaissances méthodologiques et mes capacités dialectiques étaient trop modestes pour m'en sortir dignement. J'ai souvenir de m'être perdu dans une discussion maladroite qui s'appuyait sur la découverte de la géométrie non-euclidienne prise comme "évènement"! Celle-ci était analysée dans la copie comme une invention conceptuelle remarquable du XIX siècle mais dont la portée révolutionnaire avait dû attendre le XX siècle pour se déployer pleinement dans les champs de la réalité et de la théorie grâce à son application dans la théorie d'Einstein de la relativité générale.
Mon surmoi a longtemps nourri de la honte à ne peut-être pas avoir été à la hauteur des attentes du professeur de philosophie qui l'avait inscrit à ce prestigieux concours. Heureusement aujourd'hui les catégories Freudiennes sont à mon sens plus de riches constructions littéraires et fictionnelles que des outils rationnels et effectifs de réparation de soi et il y a là moins de blessures narcissiques passées que de matière à une amusante petite histoire... mais le lecteur est libre de voir dans ce blog le symptôme qu'il veut!

Ces longs prolégomènes pour dire que je souhaite à la révolution de jasmin tunisienne récemment advenue une heureuse descendance de progrès, de bonheur, de liberté féconde et de paix. Comme enseignant de sciences d'aujourd'hui j'ai la faiblesse ou plutôt la force de croire que l'instruction et la technologie qui ont joué indéniablement ces derniers jours un rôle capital continueront pour la suite à donner un sens à cet évènement!








mercredi 12 janvier 2011

Bonne Année et bonnes résolutions ...

Bonne année 2011 cher-e lecteur-trice!
Une collègue de français insistait ce lundi 3 janvier en salle des professeurs pour nous souhaiter une "meilleur année". C'est donc que l'année passée fût difficile... Que nous promet l'avenir ? Le saura-t-on bientôt ? Nul ne le sait mais pour l'heure et pour lui être aimable commençons par lui faire le même grand sourire :) dont nous gratifions nos élèves à chaque heure du jour, quand ils entrent en salle de cours!